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La mission divine d'Écône

La mission divine d'Écône

L'enseignement patristique des six âges du monde et la fin des temps.


Le Cantique des Cantiques s'entend spirituellement

Publié par Simon ANDRE sur 28 Août 2015, 09:00am

Dans le dernier bulletin d'une association de pèlerinage m'ayant menacé de poursuites judiciaires, on trouve une remarque très mauvaise. Il y est dit que les prêtres et laïcs qui donnent des préceptes jansénistes* aux couples chrétiens quant à l'usage du mariage devraient plutôt lire le Cantique des Cantiques.

*(N.b. Jansénistes selon ce bulletin.)

Que répondre à cela?

Premièrement, qu'on ne peut pas à la fois légitimer (à tort) la volupté conjugale et s'étonner ensuite de voir quelques prêtres fornicateurs et pédophiles. Si le peuple catholique en général s'autorise le vice en le considérant comme chose normale, comment ne verra-t-on pas quelques personnes, aussi bien des laïcs que des religieux, qui poussent ce même vice beaucoup plus loin? Et les gouttes de pluie ne peuvent-elles pas faire déborder les rivières? Si donc les époux catholiques font déborder la mesure du péché, les plaines ne seront-elles pas inondées?  D'ailleurs, voyez l'origine du Déluge! Dieu nous en donne la raison dans le chapitre 5 de la Genèse: "Lorsque les hommes eurent commencé à être nombreux sur la surface de la terre, et qu'il leur fut né des filles, les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qui leur plurent." (Gn 5:1-2.) Les fils de Dieu (les hommes du peuple saint), se sont unis aux filles des hommes (les femmes du peuple idolâtre), parce qu'elles étaient belles, c'est-à-dire pour des raisons charnelles. Comment ne pas voir que ces gens ont ensuite mal vécu: d'abord dans l'intempérance conjugale, puis dans l'adultère, la haine, le crime passionnel, les sacrifices humains, etc ? Ces mariages mixtes, fruits de la concupiscence, ont suffi à ruiner le monde entier... J'ai assez cité les Pères de l'Église, St Thomas et Anne-Catherine Emmerich concernant l'importance de la pureté conjugale!

Deuxièmement, le Cantique des Cantiques n'a jamais fait l'apologie de la volupté comme un certain nombre de personnes le prétendent. C'est une allégorie de l'amour du Christ pour Son Église qui n'est faite que pour les oreilles chastes. St Bernard nous dit: "Mais si on n'a point dompté sa chair, par les austérités, si on ne l'a point assujettie à l'esprit; si on ne méprise point les vanités du monde, si enfin on ne s'est point déchargé de tout l'attirail du siècle, comme d'un fardeau insupportable, on est impur et indigne d'une lecture si sainte."

Si quelqu'un voit dans le Cantique des Cantiques quoi que ce soit de sensuel et d'indigne de Dieu, c'est qu'il n'a pas suffisamment pris soin de purifier son âme... A la lecture du texte suivant, vous verrez que l'interprétation littérale du Cantique des Cantiques a été condamnée aussi bien par la Synagogue que par l'Église. Il faut prier, jeûner et se mortifier pour être pur en pensées, paroles et actions.

 

Extrait du commentaire de la Bible Louis-Claude Fillon

Néanmoins, et surtout pour nous Occidentaux modernes, les images sont parfois si fortes, les teintes si crues et si vives, qu'un lecteur inexpérimenté en fait de choses orientales et bibliques pourrait croire, au premier abord, qu'il y a dans ce livre le récit d'une passion toute terrestre. Le nom de Dieu n'est pas même prononcé une seule fois directement dans les huit chapitres qui le composent. Aussi avons-nous cru devoir citer, dès la première ligne de cette introduction, les graves recommandations d'Origène et de saint Jérôme concernant sa lecture. Chez les Juifs, une loi spéciale interdisait de le lire à tous ceux qui n'avaient pas encore atteint leur trentième année. Mais, si le Cantique n'a pas été écrit pour des âmes profanes et sensuelles, et s'"il ne doit pas être mis indistinctement entre toutes les mains et sous tous les yeux", il respire, dans ses moindres détails comme dans son ensemble, une pureté immaculée, une sainte gravité; il n'y a rien en lui qui ne soit digne de l'Esprit de Dieu. De tout temps les âmes les plus chastes, les plus élevées, les plus saintes, en ont fait leurs délices, et s'en sont admirablement servies pour accroître leur amour envers Dieu.
Les différentes écoles d'interprétation. - Le sens qu'il faut attacher au Cantique est l'objet de vives controverses. On peut rapporter à trois écoles principales tous les modes d'interprétation qui ont été proposés: l'école littérale, l'école mystique ou typique, et l'école allégorique.
1. L'école dite littérale, qu'on pourrait aussi appeler réaliste, s'en tient purement et exclusivement à la lettre du Cantique, c'est-à-dire à l'idée d'un mariage tout humain. Les premiers partisans de cette opinion furent, chez les Juifs, le fameux Schammaï et ses disciples, et, dans l'Église chrétienne, Théodore de Mopsueste; elle fut aussitôt condamnée soit par le sanhédrin, vers l'an 90 après Jésus-Christ, soit par le second concile général de Constantinople, en 553. Elle varie à l'infini dans les détails, et franchit parfois (c'est le cas de nos jours dans le camp des incrédules) les limites des convenances les plus vulgaires. Ainsi, tandis que Théodore de Mopsueste s'était contenté de voir, dans le Cantique, un épithalame composé pour célèbrer le mariage de Salomon avec la fille du roi d'Egypte, sa principale épouse, d'autres ont banalement appliqué ce magnifique poème à l'union d'un berger et d'une bergère; les mots sacrilèges de "chanson de corps de garde" et de "chant érotique" ont même été prononcés.
D'ailleurs les auteurs de ce système ont pris soin, nous venons de l'indiquer, de se réfuter les uns les autres par la multiplicité de leurs explications discordantes. Le fond même du livre les contredit aussi à chaque instant; car de nombreux traits du poème ne conviennent ni à Salomon ni à d'autres personnages purement terrestres, et deviennent par là même incompréhensibles, si l'on ne s'élève pas au-dessus du sens littéral: ainsi le héros est tour à tour, et sans transition, berger, chasseur, roi glorieux, pour redevenir subitement berger; sa fiancée erre seule la nuit par les rues de la ville, et se voit maltraiter par les gardiens, etc. Même en admettant que le récité, interprété simplement à la lettre, avait un but didactique et une portée morale, -par exemple, de mettre en relief l'idée de "l'unité essentielle du lien conjugal, la notion de l'amour vrai comme base de l'amour conjugal", et de condamner la polygamie admise en Orient et même chez les Juifs, - le système demeure faux et condamnable, car ce n'est là qu'un palliatif insuffisant.
2. L'école mystique admet dans le Cantique un sens littéral, mais non d'une façon exclusive: l'union de Salomon avec la fille du roi d'Egypte, qui y est célèbrée, n'est que le type d'une autre union, celle du mariage mystique du Sauveur avec son Eglise. Le représentant le plus célèbre de cette opinion est Bossuet, qui l'a exposée et défendue dans la préface de son commentaire sur le Cantique. Calmet aussi l'a adoptée... L'interprétation de l'école mystique n'est point condamnable comme la précédente; nous croyons néanmoins qu'elle n'est point la vraie. En effet, la plupart des raisons qui vont contre l'école littérale vont aussi contre l'école typique, puisqu'elle admet, elle aussi, un sens historique qui ne peut pas avoir existé.
3. L'école allégorique fournit seule une explication satisfaisante du Cantique des cantiques. S'élevant conformément au sens du mot allégorie, bien au-dessus de la lettre et de ses apparences, elle se refuse à voir dans ce poème l'histoire d'un fait réel, qui se serait passé tel qu'il est raconté, avec tous ses détails; pour elle, le mariage de Salomon et de la Sulamite n'est qu'une figure destinée à représenter une vérité morale d'un ordre supérieur, qu'un voile qui recouvre un grand et profond mystère, qu'un noble vêtement pour orner une idée toute céleste. Sous ce rapport, "il est du Cantique comme des paraboles de l'Evangile; le sens littéral n'a jamais été historique." Prenant pour base de ses descriptions "les tendresses des époux, par le seul motif qu'elles sont la plus vive et la plus sensible image de l'affection à son plus haut degré", le poète sacré chante ici, uniquement et exclusivement, "les infinies condescandances du saint Amour incarné, de cet amour qui, s'abaissant d'abord sous une forme humaine pour nous visiter dans notre misérable état, afin de rechercher et de conquérir l'objet aimé, et qui, élevant ensuite avec lui, jusqu'au sanctuaire céleste une humanité sanctifiée (Ep 2:6), attend finalement là-haut une invitation de l'Epouse mystique, pour revenir une seconde fois sur la terre et sceller l'union pour l'éternité (Ap 22:17)." En termes plus simples, le Cantique raconte le mariage mystique de Notre Seigneur Jésus-Christ, ce Salomon idéal et parfait, avec l'Église, dont la Sulamite, si belle, si pure, si aimante, si fidèle, est un type admirable.
Le Christ et l'Église, leur amour mutuel, leur ineffable union: telle est donc l'idée vraie et directe de ce poème sublime, celle que la tradition catholique y a toujours vue avant tout autre concept. Mais on conçoit fort bien qu'en la généralisant ou en la particularisant, on ait pu en faire des applications diverses, quoique secondaires: en effet, le Cantique représente "tous les amours de Dieu pour l'humanité"; par conséquent, l'union de Dieu avec les hommes en général, l'union de Jéhovah et de la synagogue, l'union du Verbe et de la Vierge Marie, sa mère selon la chair, et l'union du Christ avec l'âme fidèle. Mais il est bon de redire que le premier et principal objet du Cantique des cantiques est, comme l'écrivait saint Grégoire de Nysse, de "chanter, par l'inspiration divine, les louanges du Christ et de son Eglise".
Outre ce qui a été dit plus haut (p 595), d'après le fond même du livre, de l'impossibilité d'une interprétation littérale, il est aisé d'appuyer l'interprétation allégorique sur les bases les plus sûres. 1° Des exemples ou comparaisons tout à fait analogues abondent soit dans l'Ancien Testament, soit dans le Nouveau. Souvent la Bible représente la nation juive "comme l'épouse ou la fiancée du Seigneur, même comme une mère ou une vierge, et elle qualifie la défection d'Israël comme une infidélité conjugale et une prostitution". Elle nomme Jéhovah, dans le sens strict de l'expression, un "Dieu jaloux", qui menace du divorce son épouse mystique. Comp. Ex 34:15; Lev. 20:5-6; Num 15:39; Ps 73:27 (d'après le texte hébreu); Is 50:1; 54:6; Jr. 3:1-11; 4:30; Ez 15:16; Os 2:19-20, etc. Le Ps 44 développe, mais d'une manière abrégée, absolument la même pensée que le Cantique, et sous la même figure. Dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ reçoit très expressément aussi le nom d'époux, et l'Église est mentionnée comme son épouse (cf. Mt 9:15; 22:2-14, et 25:1-13; Jn 3:29; 2 Co 11:12; Ep 5:22 et suivants; Ap 19:9; 21:2,9 et 22:17). 2° Les anciens commentateurs juifs (le Targum, le Midras, les rabbins, les grands docteurs du moyen âge) ont toujours expliqué le Cantique d'après le sens allégorique, ne comprenant pas qu'on pût lui en donner un autre. 3° La tradition chrétienne n'est pas moins expresse et universelle sous ce rapport. Origène, saint Cyprien, saint Athanase, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, Théodoret, saint Bernard, saint Thomas d'Aquin, en sont les plus glorieux témoins. 4° Enfin on trouve mainte allégorie semblable dans la littérature ancienne et moderne de l'Orient, c'est-à-dire l'amour divin chanté par des comparaisons empruntées à l'affection humaine et au mariage. C'est donc cette grande pensée de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise que l'on doit avoir toujours présente à l'esprit lorsqu'on lit les pages du saint Cantique.

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